Publié le: July 24, 2026
Il y a des artistes dont le parcours se raconte autant à travers leur musique qu’à travers les valeurs qui les portent. Chez Mardochée William, la discipline et le travail occupent une place aussi importante que les notes qu’il joue sur sa basse.
Aujourd’hui, son nom est de plus en plus associé au jazz aux Cayes. Pourtant, rien ne semblait écrit d’avance. Ingénieur civil de profession, musicien par passion, il avance depuis plusieurs années sur deux chemins à la fois, avec la conviction qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre ses rêves.
Son histoire commence dans une famille où la musique fait naturellement partie du quotidien. Sa mère chante dans une chorale, son frère pratique déjà la musique, et l’église devient très tôt son premier terrain d’apprentissage. C’est là qu’il découvre la discipline, l’écoute des autres et le plaisir de construire quelque chose en groupe.
Comme beaucoup de musiciens, il débute modestement. La flûte à bec est son premier instrument. Plus tard, il se tourne vers la basse, un choix qui lui ressemble finalement assez bien. Un instrument souvent discret, rarement au premier plan, mais essentiel à l’équilibre de l’ensemble.
Cette manière de voir la musique ne l’a jamais quitté.
Un jour, lors d’un festival de jazz à Port-au-Prince, il découvre le pianiste Welmyr Jean Pierre. En lisant la présentation des artistes, il apprend que celui-ci est également ingénieur civil. Cette information provoque un déclic.
« Quand j’ai vu qu’il était ingénieur civil, je me suis dit que ce parcours n’était pas impossible pour moi non plus, puisque j’étais moi aussi étudiant en génie civil. »
Cette découverte ouvre une perspective nouvelle. Pour la première fois, il voit concrètement qu’il est possible de construire une carrière professionnelle tout en poursuivant sérieusement une aventure artistique.
Sa première véritable expérience dans le jazz arrive en 2016 lors de Scène Découverte, à la FOKAL. Même s’il n’est pas l’artiste principal de la soirée, cette prestation lui permet de se faire connaître et de goûter à l’univers du jazz devant un public.
Quelques années plus tard, une nouvelle étape vient confirmer son orientation. En 2019, il est appelé à assurer la basse principale pour accompagner Johnbern Thomas. Cette expérience marque un tournant.
« C’est à partir de ces expériences que j’ai compris que le jazz était vraiment la route que je voulais suivre. »
À cela s’ajoute sa participation régulière aux ateliers organisés dans le cadre du Festival International de Jazz de Port-au-Prince. Année après année, les formations, les rencontres et les échanges avec d’autres musiciens nourrissent son développement artistique.
« Les ateliers à la FOKAL, pendant les festivals de jazz, m’ont permis d’adopter définitivement ce style de musique. »
Le jazz devient alors bien plus qu’une influence : il devient son langage musical.
Mais le parcours n’a pas toujours été facile.
En 2019, après une prestation qu’il juge décevante lors d’un concert à Port-au-Prince, il traverse un moment de doute profond. Il envisage même d’abandonner la musique. Puis survient un appel inattendu du maestro Ronald Charles. Quelques mots d’encouragement, arrivés au bon moment, suffisent à changer sa perspective.
Quelques semaines plus tard, il remonte sur scène avec une nouvelle énergie.
Avec le recul, cet épisode apparaît comme un tournant. Non pas parce qu’il marque une réussite spectaculaire, mais parce qu’il lui apprend que les moments difficiles font aussi partie du parcours.
En 2021, il participe au Festival Jazz International de Port-au-Prince avec Jazz and Family Trio. Cette première grande expérience lui permet de mesurer le chemin parcouru et confirme son envie de continuer à faire de la musique.
Deux ans plus tard, son arrivée aux Cayes pour des raisons professionnelles ouvre un nouveau chapitre.
Très vite, il découvre une ville riche en talents, mais qui manque parfois d’espaces pour les mettre en valeur. Au lieu de rester simple observateur, il décide d'agir.
C’est ainsi qu’en 2024 naît Mardochée William and Friends. D’abord conçu autour de répétitions et de prestations ponctuelles, le projet devient progressivement un véritable collectif musical. Plus qu’un groupe, il s’agit d’un espace de collaboration où se rencontrent musiciens, chanteurs et passionnés de jazz partageant la même envie de créer.
Pour ses proches, cette dimension collective correspond parfaitement à sa personnalité.
Comme le souligne son ami Jean Laurore Candio :
« Mardochée aime voir les gens progresser. C’est quelqu’un qui encourage constamment son entourage à faire mieux et à aller plus loin. »
Cette volonté de rassembler se retrouve également dans le Festival Jazz Les Cayes, une initiative qu’il contribue à lancer avec plusieurs collaborateurs.
L’idée est simple : créer un rendez-vous capable de faire rayonner les talents de la région tout en offrant au public un accès à une programmation de qualité.

Pour Mardochée, l’enjeu dépasse largement sa propre carrière.
« Je ne veux pas que l’attention soit portée uniquement sur moi. Ce qui m’importe, c’est de mettre en valeur Les Cayes, ses artistes et de participer à la construction d’un héritage culturel durable pour la ville. »
La première édition du festival confirme rapidement l’intérêt du public. Musiciens locaux et artistes venus d’ailleurs se retrouvent autour d’une même passion, donnant à l’événement une dimension qui dépasse les attentes initiales.
Pour ceux qui le connaissent, Mardochée reste pourtant le même. Un homme fou de jazz, passionné par son métier d’ingénieur, attaché à sa foi, et profondément convaincu que la réussite se construit dans la durée.
Candio résume cette facette du personnage en quelques mots :
« Il a cette capacité de voir le potentiel caché chez les gens. »
Cette qualité explique peut-être pourquoi il s’investit autant dans les projets collectifs et dans l’accompagnement de jeunes musiciens.
Aujourd’hui, Mardochée William souhaite que son parcours puisse servir d’exemple à d’autres jeunes qui hésitent encore à croire en leurs ambitions.
« Ne vous découragez jamais. Si vous avez une idée qui vous tient à cœur, osez commencer, même si tout n’est pas parfait dès le départ. Ne dites jamais que votre rêve est trop grand pour être réalisé. Osez-vous. »
À travers la musique, le travail et les projets qu’il porte, il construit peu à peu quelque chose qui dépasse sa propre histoire. Une démarche guidée par la conviction que le talent a besoin d’espaces pour grandir, que la culture peut rassembler une communauté et que les rêves les plus ambitieux commencent souvent par un premier pas.
Aux Cayes, son aventure ne fait que commencer.
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